Comment la musique contribue à l’engagement social

L’industrie du disque n’est pas seulement la machine à sous qu’elle paraît. Si elle a souvent permis à plusieurs artistes musiciens de se faire beaucoup d’argent au cours de ces dernières années, il n’en est pas moins vrai qu’elle aura permis à beaucoup d’artistes d’agir efficacement dans la société où ils vivent.

Une musique de la dénonciation

Dans cette catégorie, nous pouvons citer les musiques suivantes :

  • « Le survivant de Varsovie »
« Le survivant de Varsovie » est sans conteste l’un des chants engagés les plus vifs ayant marqué les esprits à propos de la shoah. Cette œuvre d’Arnold Schönberg aura donné une merveilleuse et tragique peinture de ce qu’est le drame des ghettos de Varsovie et des camps de concentration.
  • Le hip-hop, cette musique de la révolte

Le hip-hop est l’une des musiques d’engagement les plus connues sans doute. Jailli des ghettos noirs de Harlem, c’est bien plus la musique des sans voix, la chanson de la révolte et le rythme de la protestation. Son organisation même en est le symbole. On remarque en effet une rupture d’avec la musique « chantée », car les paroles, comme pour garder l’entièreté de leur violence, ne sont plus mises en mélodies. La rime et la rythmique poétique font la force de cette nouvelle musique. Prenant le contre-pied du blues qui dit la tristesse en tirant de longues complaintes, le hip-hop répond à la violence par la violence.

Au hip-hop, il convient d’associer directement le rock, qui a en commun avec lui la même force dans la production du son, la même insistance phonique et surtout la même expression du mal-être collective.

La musique au cœur des dernières élections présidentielles aux USA

Les dernières élections ayant fait venir Donald Trump à la maison blanche auront été des plus tumultueuses de l’histoire de ce pays. Au milieu du vacarme des campagnes électorales qui ont été particulièrement marquées par des violences verbales, un groupe musical s’est levé : les fameux Prophets of rage. Le groupe est composé des musiciens que voici :
  • Chuck qui en est l’un des principaux fondateurs ;
  • DJ Lord, un membre de Cypress Hill (B-real) ;
  • Trois membres d’un groupe de rap fusion des années 1990 (Rage Against the machine): Tim Commerford, Tom Morello (cofondateur du groupe avec Chuck D) et Brad Wilk.

Pour leur tournée, ils ont trouvé le nom qui tourne le slogan de Trump en dérision : Make America Rage Again. Ce n’est pas pour autant que ce groupe ait soutenu le challenger de Trump, Hilary Clinton ; bien au contraire, leurs propos étaient tout aussi acerbes à son encontre.

L’engagement des musiciens n’est cependant pas seulement politique, il est de plus en plus humanitaire.

L’engagement social des musiciens en France

On a vu aussi en France la grande mobilisation des artistes au lendemain du drame Charlie Hebdo. Cet engagement, souvent aux couleurs patriotiques sinon nationalistes, c’est aux heures de la Révolution française qu’il remonte, au temps où les sans-culottes chantaient Ah, ça ira et La carmagnole. Au cours de la Deuxième Guerre Mondiale, la musique devient vite l’arme de la résistance : sur un air qu’a composé une russe ayant intégré les forces françaises libres, deux académiciens, Maurice Druon et Joseph Kessel, écriront les paroles du Chant des partisans.

 

L’engagement individuel au plan humanitaire

Au plan individuel, les initiatives n’ont jamais manqué dans la quasi-totalité des pays du globe. La star américaine Akon, d’origine sénégalaise, a apporté l’électricité à plus de 600 millions de personnes en Afrique.

La chanteuse française France Gall, décédée le 7 décembre 2017, s’était attachée à Ngor au Sénégal et a tâché d’apporter toute l’aide dont elle s’est crue capable aux populations de cette ville.

On sait qu’au lendemain des dernières catastrophes qui ont frappé Haïti, Beyoncé était au chevet des personnes touchées par ce drame et a essayé de leur apporter son soutien. On peut multiplier ces exemples à n’en pas finir.

Sur un plan beaucoup plus global, plusieurs artistes musiciens se sont engagés pour différentes causes (la lutte pour les droits des femmes, par exemple). Le tweet provocateur de Rihanna est encore là pour rappeler son engagement pour l’éducation, lorsqu’elle a interpelé François Hollande sur Tweeter pour lui rappeler sa lettre sur le Programme Education cannot wait.

La musique, l’engagement humanitaire et le poverty porn

Ces exemples triés sur la volée disent un peu l’engagement des artistes musiciens dans le domaine humanitaire. Cet engagement essuie parfois le reproche d’un égo-altruisme, car il semble devenir un moyen d’auto-mise en scène, au point de déclencher une critique formulée sous le nom ironique de poverty porn. On désigne par poverty porn cette exposition médiatique de la misère supposée ou réelle des personnes à qui les stars sont venues en aide. La dernière Cabale s’est déclenchée dans ce sens sur Ed Sheeran lorsque les réseaux sociaux ont été bondés d’images le montrant en compagnie des enfants de la rue au Libéria.

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A propos de l'auteur : Emmanuel Higel