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Wu-​Tang Clan : deux décen­nies, frères ennemis ?

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Ghostface Killah wu tang



Shaolin Style : émergeant de l’ombre sans prévenir, le groupe de 9 MCs a fait de Staten Island un berceau du hip hop East Coast en 1993, année de sor­tie d’Enter the Wu-​Tang (36 Cham­bers). Depuis, la légende s’écrit avec la sueur, le sang et les larmes : après avoir tra­versé deux décen­nies en féris­sant des coups, les Wu passent par Paris pour leur anniver­saire. Et sem­blent avoir suivi un des com­man­de­ments de Sun Tzu : divisés pour mieux régner ?

Dès ses débuts, le Wu-​Tang annonçait la couleur : vert, celle des bil­lets. Avec C.R.E.A.M. (« Cash Rules Every­thing Around Me »), les 9 mem­bres du groupe orig­inel, RZA, GZA, Method Man, Raek­won, Ghost­face Kil­lah, Inspec­tah Deck, U-​God, Masta Killa et Ol› Dirty Bas­tard rap­pel­laient en 1993 quelle sève nour­ris­saient leurs racines. Depuis Staten Island, ils décrivaient un quo­ti­dien fait d’audaces et de plans foireux pour tirer quelques dol­lars. Au Zénith, en atten­dant la bande, DJ Faz bal­ance une bonne par­tie de sa réserve de sons pour faire atten­dre le groupe, ten­ant le cra­choir face au pub­lic qui a craché le prix de la place.

DJ FAZ wu tang

DJ FAZ

Avant même leur arrivée, le pub­lic est acquis : les W faits de mains unies se tra­cent en l’air et en rythme, et cha­cun des deux warm­ers (DJ Faz, donc, et Eklips, beat­boxer des grands noms et de renom) aura la bonté de bal­ancer les notes d’un titre des Wu, juste pour jauger l’ambiance et la moti­va­tion de la foule. Et, indé­ni­able­ment, les Kil­lah Bees piquent tous les épi­der­mes, qu’ils soient mar­qués par le hip hop depuis des années ou non : la pro­por­tion de jeunes dans la salle atteint celle de ceux qui étaient là au moment de l’entrée dans les 36 Cham­bers

C’était un peu le pari avant le concert-​anniversaire : tous les mem­bres vont-​ils se réu­nir, mar­quer la célébra­tion d’une excep­tion aux con­flits qui déchirent le groupe depuis une quin­zaine d’années ? Dès l’entrée, une affichette apporte un sévère démenti à tout espoir de trève temporaire.

affiche concert Wu-Tang

Pour une bonne par­tie des fana­tiques du Wu, ce seul morceau de papier serait déjà syn­onyme de rem­bourse­ment du bil­let : Method Man et Raek­won absents, et la for­ma­tion perd ses deux plus tru­cu­lents show­men. Et l’organisateur de se rac­crocher à Ghost­face Kil­lah, à juste titre, pour la promesse d’une ambiance assurée…

Inspectah Deck Wu Tang 2013 Zenith

Inspec­tah Deck

Le dernier titre passé avant l’arrivée des Wu-​Tang prend alors une toute autre saveur : « L’argent pour­rit les gens », signé NTM, vient faire réson­ner les dégâts qu’une pro­duc­tion effrénée et mon­di­ale a causé dans la Fam­ily. Pour­tant, dès leur pre­mier album, chaque artiste avait tenu à con­server son indépen­dance : en sig­nant sur Loud Records pour 36 Cham­bers, mais en con­ser­vant la lib­erté de con­tracter où bon leur sem­blait pour leurs pro­jets solos ou en for­ma­tion réduite, mesure inédite dans l’histoire musi­cale : Gef­fen, Elek­tra, Def Jam (ODB sign­era pour un mil­lion $ chez Roc-​a-​Fella Records), le plus grands se bat­teront pour les guer­ri­ers du hip hop.

Wu Tang logo mains

La machine Shaolin ne s’est pas arrêtée en si bon chemin : très vite, le ges­tion­naire RZA met en place un impres­sion­nant sys­tème à cash, de la mar­que de vête­ments Wu-​Wear aux groupes et artistes affil­iés qui ont par­fois le priv­ilège de pou­voir s’annoncer avec le logo chauve-​souris du groupe. D’énormes sommes d’argent tran­si­tent, et les ennuis avec, lais­sant à des fig­ures comme Allah Math­e­mat­ics (DJ orig­inel du groupe, présent ce soir-​là) ou Popa Wu le soin de main­tenir l’ensemble.

Depuis 2004 et le décès bru­tal d’ODB, le Wu-​Tang tourne à 8, et ce sont donc 6 micros qui seront dis­tribués ce soir-​là. Ou plutôt 7, pour être exact, Ghost­face jouant au mino­taure dès les pre­mières notes de « Clan In Da Front ». Mal­gré les années, le Wu con­serve cette puis­sance que l’on a vu récem­ment chez Pub­lic Enemy : forcer le respect, même si les mou­ve­ments ne sont pas aussi rapi­des ou tech­nique­ment impres­sion­nants que ceux de la nou­velle généra­tion du hip hop. Par ailleurs, le choix du Zénith s’imposait pour pou­voir accueil­lir la foule, mais ne rend pas vrai­ment jus­tice aux instru­men­taux soul qui ont fait la légende de la formation…

wu tang gifU-​God

Pour autant, on égrène le chapelet : Wu-​Tang Clan ain’t nuthing to f* wit, Shame on a Nigga, C.R.E.A.M, Tearz, Da Mys­tery of Chess­boxin›, le tran­chant de la Wu-​Tang Sword (et pas Method Man, for­cé­ment…). Puis la for­ma­tion se rompt, lais­sant cha­cun inter­préter ses titres solo : à ce jeu, Inspec­tah Deck et Ghost­face Kil­lah empor­tent la mise, peut-​être parce qu’ils sem­blent les plus con­va­in­cus. Il y a bien ça et là quelques moments jubi­la­toires, comme la reprise d’un titre sur le G-​Funk de Dre, qui rég­nait en maître avant leur arrivée en 1993, ou l’hommage à ODB avec Shimmy Shimmy Ya, Brook­lyn Zoo et Got Your Money.

Ghostface Killah U-God GZA Wu Tang Zenith 2013

Ghost­face Kil­lah, U-​God, GZA

À l’exception de ces quelques min­utes, le con­cert s’avère plutôt frus­trant : sur scène, les 6 bon­hommes se frô­lent à peine, n’échangent que rarement un regard. RZA manie la bouteille de cham­pagne à la per­fec­tion, certes, arrosant copieuse­ment les pre­miers rangs, mais le pub­lic a du mal à les suivre hors des chan­sons battues. Ghost­face s’y reprend ainsi à plusieurs fois pour une des rares inter­ac­tions : «Put on the lights of your phones… Your phones, iPhones, Galaxy phones, photo phones…»

Masta Killa WuTang Zenith

Masta Killa

Les vrais savent qu’un con­cert des Wu-​Tang, c’est quitte ou dou­ble, et sou­vent quitte, avec un prix qui dou­ble à chaque fois. Dès 97, Suprême NTM ren­voy­ait les 9 MCs dans les cordes au Parc des Princes (voir le bouquin de Joey Starr, Mau­vaise répu­ta­tion). Les grandes scènes ne leur réus­sir­ait pas, c’est dans les salons qu’on rassem­ble la famille. Chaque mem­bre a tou­jours autant de pro­jets, forçant les fana­tiques du W à con­tracter des crédits reverso à la pelle : RZA fait des films et des com­pils (plutôt cohérents), Ghost­face fait enfin par­tie d’une bande dessinée…

RZA Wu Tang Zenith 2013

RZA

Les 20 ans auraient pu per­me­t­tre de retrou­ver autour de titre en com­mun : Ghost­face Kil­lah assur­era seul l’encore. Pen­dant son inter­lude, Math­e­mat­ics a sam­plé Come Together : les 4 garçons dans le vent qui don­nent une leçon aux Wu, on aura tout vu…

En-​tête : Ghost­face Killah

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