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[Inter­view] Voy­age en terre de Chassol

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Com­pos­i­teur globe trot­teur, Chas­sol s’isole dans son antre d’artiste. Per­ché sous un toit parisien, à l’abri des regards, il enreg­istre des invi­ta­tions aux voy­ages sans se soucier des fron­tières. L’artiste trace désor­mais sa pro­pre route, dans un monde audio­vi­suel et cos­mopo­lite, inspiré par les musiques d’ici et d’ailleurs, retour sur le chemin parcouru…

Si la musique est arrivée très tôt à l’oreille par­faite de Christophe Chas­sol, c’est par le cinéma qu’il se décou­vre l’envie de com­poser. Il se sou­vient des pre­mières notes de la bande orig­i­nale du film « La tour infer­nale » (signée John Williams), film cat­a­stro­phe améri­cain (1974) : « Je me suis pré­cip­ité à même la télé pour enreg­istrer avec un dic­ta­phone de l’époque, c’est là que j’ai com­pris ce qu’était une musique de film. » Après des études en musi­colo­gie au Berklee Col­lege of Music de Boston, il com­pose dès ses débuts pour le cinéma et la pub­lic­ité. « J’estime avoir fait mes armes à cette époque avec la musique de films et de pub­lic­ités, car on demande de faire «à la façon de… », avec des délais stricts à respecter. »

Chas­sol s’associe en 2004 avec des artistes d’univers dif­férents comme Sébastien Tel­lier et les tal­entueux Phoenix, eux aussi made in France. Il devient l’arrangeur des musi­ciens et accom­pa­gne un Tel­lier déjanté sur sa tournée : « J’ai sou­vent loupé le tour bus. »

Le musi­cien a dirigé pen­dant une courte péri­ode un orchestre jazz et clas­sique com­posé de 24 musi­ciens (six cordes, dix cuiv­res, des flûtes, des haut­bois, basse, bat­terie). Il avoue que l’expérience n’a pas été la plus évi­dente de sa car­rière : « Je jouais et je dirigeais de la main les musi­ciens en même temps. »

Chas­sol a aujourd’hui deux albums sor­tis chez Tri­ca­tel qui nous per­me­t­tent d’en décou­vrir un peu plus sur le compositeur.

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X-​pianos (X pour plusieurs, X pour sexy), sorti en 2012, est une sorte de com­pi­la­tion de morceaux, dont les plus anciens datent de 1996. Il décrit cet album comme « une nos­tal­gie qui avance », une nos­tal­gie pos­i­tive, un retour vers l’enfance et l’adolescence. « Good times » comme dirait le musi­cien. « We are Leav­ing », présent sur l’album, reflète par­faite­ment ce sen­ti­ment, en évo­quant le train du retour des vacances.

Le deux­ième album Indi­amore, lui, sort en 2013. Comme son nom l’indique, il se con­struit autour du domaine des Mahara­jas où la cul­ture musi­cale est impor­tante, mais peu con­nue. Quant à ce qui l’a motivé à com­poser Indi­amore, il répond très sim­ple­ment : « Je voulais prêter mes oreilles aux gens. » Chas­sol a voulu traduire de façon occi­den­tale la musique indi­enne en y ajoutant des grilles d’accords. « La musique indi­enne n’est pas une musique évi­dente, les morceaux sont générale­ment longs avec tou­jours la même basse, mais moi j’entends les inten­tions, j’arrive à les traduire. Les inten­tions sont géniales, elles sont pleines de trucs ten­dus, des choses hyper agres­sives. Cer­tains morceaux évo­quent la pléni­tude, la dévo­tion, l’engagement. » L’album nous porte véri­ta­ble­ment vers d’autres rives, Chas­sol a filmé pra­tique­ment l’intégralité de son voy­age pour ren­forcer l’aspect visuel de l’album. Ainsi, les images du morceau « Odissi (Farewelle) Pt III » don­nent à voir une incroy­able scène de danse en noir blanc, où les plans sont répétés deux fois, créant un véri­ta­ble clip musi­cal, graphique et visuel.

Chas­sol était déjà parti en Inde en 2010 pour faire quelques repérages des lieux, et avait alors ren­con­tré quelques musi­ciens indi­ens présents sur l’album, notam­ment les deux chanteurs inter­pré­tants des thékas dans « Ultra­théka Part I ».

Quand on demande à Chas­sol ce que les musi­ciens ont pensé des arrange­ments et de l’album, il répond : « Ils adorent. Ils m’ont filé de la matière, j’ai voulu la respecter. »

Après l’Inde, Chas­sol a main­tenant d’autres des­ti­na­tions. L’artiste sans fron­tières compte débar­quer au Brésil : « Musi­cale­ment, c’est un pays intéres­sant. Il pren­nent pleins de gen­res dif­férents et ils les recrachent à leur sauce, et puis j’adore ce pays, ça chante, ça danse. » Le musi­cien souhaite revenir à la musique de son enfance, réus­sir à mélanger la musique sym­phonique améri­caine aux musiques ryth­mées du Brésil.

Chas­sol con­tinue tou­jours de com­poser régulière­ment des morceaux pour la pub­lic­ité et le cinéma, bien qu’il nous avoue préférer s’épanouir avec ses albums.

Le com­pos­i­teur a écrit des musiques pour le bal­let de Lor­raine : « Vénus », un spec­ta­cle avec les 12 danseurs du Cen­tre Choré­graphique National (Nancy), choré­graphié par Johan Amselem.

Yuk­sek, DJ et pro­duc­teur français réputé au sein de la scène élec­tron­ique, a remixé le morceau « Odissi (Emo­tif) Pt II » pour l’emmener dans un genre musi­cal dif­férent. D’autres asso­ci­a­tions avec l’artiste sont en cours.

L’artiste a égale­ment des pro­jets d’adaptations de bouquins, et prévoit aussi de se pencher sur les films d’animation.

« Quand tu sais jouer du piano, tu es armé pour la vie », déclarait Christophe Chas­sol dans une précé­dente inter­view, et c’est véri­ta­ble­ment ce qu’on ressent en ren­con­trant l’interprète. Chas­sol est un artiste entier et con­fi­ant. Pren­dre son temps ne l’effraye pas.

Chas­sol développe une pas­sion pour toutes sortes de cul­tures : théâtre, cinéma, philoso­phie. Lorsqu’il annonce que le philosophe dont il se sent le plus proche est Spin­oza (pour sa con­cep­tion de l’homme dans la nature, à l’opposé d’un « empire dans un empire »), rien d’étonnant. Chas­sol est un com­pos­i­teur à la portée de tous, qui aime ren­con­trer son pub­lic et faire décou­vrir son univers étendu et riche de cul­tures d’horizons variés.

Itw Christophe Chassol pour India More

Pho­tos © Jana Svagr

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