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[Samedi, c’est pochette sur­prise] The Coup, « Party Time »

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La pochette sur­prise en a ficelé une vraie : l’objet de la chronique ne sera pas l’image ci-​dessus, cock­tail Molo­tov au sens pro­pre, mais sur la com­po­si­tion que The Coup, groupe de rap améri­cain, avait choisi pour son qua­trième album. DJ Pam the Funkstress et Boots Riley, duo com­mu­niste (si si), s’étaient ori­en­tés vers un tout autre art­work, dont la sym­bol­ique fut con­sid­érable­ment boulever­sée un 11 sep­tem­bre 2001

Pour The Coup, pas besoin de choisir entre «rap engagé» et «hip hop funky» : leur pre­mier album, Kill my Land­lord (1993, à l’époque encore avec E-​Roc en MC sup­plé­men­taire) s’ouvrait sur une cita­tion du Man­i­feste du parti com­mu­niste de Marx et d’Engels. Très vite, surtout au pays de la ruée vers l’or, leur répu­ta­tion est faite : on les regarde presque avec bien­veil­lance, tant leur affil­i­a­tion est fière­ment portée sans pour autant verser dans le dogme. Boots Riley en tête, la nuque bouge d’avant en arrière, sur des images tein­tées du rouge révolutionnaire.

Avec l’album Party Music, The Coup frappe une nou­velle fois : son West Coast car­ré­ment innervé de funk, paroles appelant à la résis­tance et à la libéra­tion des masses (« If you got beef with C-​O-​Ps/​Throw a molo­tov at the P-​I-​Gs », « Pork and Beef ») et scratchs vénères de DJ Pam. Chez Dog­day Records, on s’accorde avec l’esprit du groupe pour réaliser une pochette à la hau­teur de leurs idéaux : Boots Riley et DJ Pam posent crâne­ment devant le World Trade Cen­ter en cours de pul­véri­sa­tion, un accordeur de basse-​détonateur à la main. Le sym­bole d’un cap­i­tal­isme portée aux nues est mis à mal.

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Le 11 sep­tem­bre 2001 survient ce que l’on sait : si Party Music n’est pas encore dans les bacs, la pochette de l’album a déjà été large­ment envoyée dans les rédac­tions des mag­a­zines musi­caux, et s’affiche même depuis quelques semaines sur cer­tains blogs, impres­sion­nés par l’audace du groupe. Après les attaques ter­ror­istes, le groupe lui-​même s’interroge, et Boot Riley appelle immé­di­ate­ment son label en décou­vrant les images à la télévi­sion. Si la mai­son de disque est partagée, le dis­trib­u­teur, 75 Ark, refuse claire­ment de ren­dre la pochette publique.

D’après DJ Pam, le groupe aurait préféré con­servé cette pochette, mal­gré l’ambiance qui rég­nait des mois après les événe­ments : « On ne veut pas dire «Sortez et faites exploser des immeubles. Mais cette musique a des réper­cus­sions poli­tiques. » Une ligne de funam­bule que Riley suit lui aussi, et que les traite­ments poli­tique et médi­a­tique le poussent à souligner : « Si la pochette avait été con­servée, alors peut-​être que moi-​même ou quelqu’un d’autre aurait pu prof­iter de la ques­tion «Mais pourquoi avez-​vous fait ça ?» pour exposer vrai­ment ce qu’il se passe, tout en rétab­lis­sant la vérité : «Non, je n’exprime pas mon plaisir vis-​à-​vis de ce qu’il s’est passé». Ce que j’aurais voulu expli­quer, c’est que le sang versé ce mardi est sur les mains du gou­verne­ment » (The Stranger, sep­tem­bre 2011).

Et voilà com­ment passer du jeu de pou­voir au jeu de mots.

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